Jusqu’à quand peut-on utiliser un cosmétique ?

Jusqu’à quand peut-on utiliser un cosmétique ?

DLC, PAO, … comment s’y retrouver ? (chapitre 1/2)

Les concepts de Date de Durabilité Minimale (DDM)  et date d’utilisation après ouverture (DUO parfois aussi connue sous l’acronyme anglais PAO, Period After Opening) sont souvent assez flous pour le consommateur lambda. Faut-il jeter un produit sitôt qu’il a dépassé sa date limite ? Quels sont les risques si on ne le fait pas ? A quoi cela sert-il ?

Bien différencier DDM et DUO

En cosmétique, la date de durabilité minimale DDM et la DUO sont deux notions assez proches, définies ainsi dans le règlement européen sur les produits cosmétiques (règlement 1223/2009):  la DDM est “la date jusqu’à laquelle le produit cosmétique, conservé dans des conditions appropriées, continue à remplir sa fonction initiale et reste notamment conforme à l’article 3”. (l’article 3 mentionnant, en substance, qu’un produit cosmétique doit être sûr et non toxique). La DUO est “durée pendant laquelle le produit est sûr après son ouverture et peut être utilisé sans dommages pour le consommateur “.

La DDM est donc absolue, et se mesure depuis la date de fabrication du produit, tandis que la DUO est relative à la date d’ouverture du produit par le consommateur qui l’a acheté.

Logo DDM

Logo DUO

Il n’est pas obligatoire d’afficher la DDM sur un produit cosmétique si celle-ci dépasse 30 mois.
Et effectivement, ce logo est assez rarement vu sur les cosmétiques.

La DUO est en revanche obligatoire si la DDM n’est pas affichée, ce logo vous est sans doute plus familier (compléter par un chiffre, qui est la DUO en mois).

Le règlement ne dit pas comment définir ces périodes, et c’est aux fabricants (et juridiquement à la personne responsable [1]) de s’assurer qu’une durée d’utilisation est définie. Plusieurs critères peuvent affecter cette durée : contamination bactérienne, modification organoleptique (changement de couleur, séparation des phases, …), stabilité du produit dans son emballage (en particulier pour les aérosols, dont les gaz sous pression peuvent fuir), …

Le challenge test détermine de la préservation face aux microbes

Si les fuites ou la précipitation du produit ne sont pas forcément un danger, la contamination bactérienne peut l’être. Pour évaluer la préservation d’un produit face aux microbes, on réalise des “challenge tests”, qui consistent, sommairement, à contaminer le produit avec une grande quantité (connue) de bactéries et/ou levures, et d’observer leur réduction au cours du temps, typiquement sur 28 jours. Si au bout de 28 jours, aucune bactérie n’est retrouvée dans le produit, on peut considérer que le produit est bien conservé et que les risques microbiologiques sont faibles : on pourra plonger ses doigts sales tous les jours dans sa crème de jour, sans risquer de la transformer en bouillon de culture !

Certains produits peuvent se passer de challenge tests, comme les huiles, qui ne contiennent pas d’eau, donc ne pourront permettre la prolifération des microbes en cas de contaminations (comme n’importe quel être vivant, les microbes ont besoin d’eau pour vivre !), ou les parfums et eaux de toilettes avec une forte teneur en alcool (naturellement conservateur, donc tuera les éventuels microbes).

En général, la DDM ou la DUO sont basées à la fois sur les résultats du challenge test, et sur les tests de stabilité, lors desquels on s’assure que le produit maintient sa couleur, sa texture, son pH, et tout autre caractère pertinent. On peut aussi contrôler l’absence de bactéries sur un temps plus long qu’un challenge test, afin de s’assurer que le produit restera “propre” jusqu’à sa date limite.

Typiquement, même si beaucoup de fabricants conservent des échantillons de produit pour mesurer leur stabilité en temps réel, on n’attend pas que le produit ait montré sa stabilité sur 2 ans pour garantir une DUO de 2 ans : en terme de coût, ce serait bien trop désavantageux ! On peut faire ce que l’on appelle des tests de stabilité “accélérés”, lors desquels on va mettre des échantillons dans différentes conditions de températures, d’humidité, de lumière, voire leur faire subir des cycles thermiques (passage à des températures très variables, souvent avec une température négative, afin de s’assurer que le produit peut être chauffé -à une température moyennement élevée, entre 40°C et 50°C souvent, on ne le fait pas bouillir non plus !- , puis congelé,  puis décongelé, sans changement notoire). A la fin de ces tests accélérés, si le produit s’est avéré stable à des températures “extrèmes”, on extrapole les résultats, souvent acquis sur 2 ou 3 mois, à une durée de stabilité à température ambiante. Ainsi, on peut déterminer une DDM de 2 ou 3 ans, après seulement 3 mois de test.

Il est à noter qu’une aucune loi n’oblige à conduire ces tests (bien que le règlement oblige les produits mis sur le marché à “être sûr[s] pour la santé humaine”, la preuve peut être apportée par n’importe quel moyen jugé pertinent par la personne responsable), mais ils sont  recommandés par le Comité Scientifique pour la Sécurité des Consommateurs (CSSC, ou SCCS en anglais), et ses lignes directrices pour les tests et l’évaluation de la sécurité des cosmétiques [2]. En cas de problème d’intoxication liée à une contamination, ou de problème de perte de qualité dans la période d’utilisation, c’est la personne responsable qui sera, comme son nom l’indique, responsable. Les fabricants ont donc tout intérêt à conduire ces tests avant la mise sur le marché !

DUO et DDM se différencient par l’ouverture ou non du produit

La date d’utilisation après ouverture indique donc une date théorique jusqu’à laquelle un produit ne perdra pas ses qualités microbiologiques et organoleptiques une fois celui-ci ouvert. Si vous ne savez pas quand vous avez ouvert votre produit, elle devient inutile en théorie ! Les plus méticuleux pourront noter au crayon sur l’emballage la date d’ouverture du produit, en particulier pour les gros volumes, afin de s’en souvenir.

La DDM est moins courante, mais indique la même chose à la condition que le produit ne soit pas ouvert. C’est pour cela qu’elle est indiquée par une date précise (mois/année), et non par une période en mois.

Les tests pour déterminer ces dates, en particulier les tests de stabilité, sont conduits par des techniciens qui la mesure à l’oeil nu (“pas de perte de couleur”, “pas de précipitation du produit”, …), et ces critères peuvent donc aussi être observé par le consommateur : avant de jeter un cosmétique parce qu’il a dépassé la DUO de 3 jours, vérifiez vous-même s’il a toujours la même odeur et le même aspect, il n’est pas rare qu’il puisse alors être utilisé pendant encore quelques temps.

(1) La personne responsable garantit, pour chaque produit cosmétique mis sur le marché, la conformité aux obligations applicables établies dans le présent règlement.

(2) http://ec.europa.eu/health/scientific_committees/consumer_safety/docs/sccs_o_190.pdf

Pour en savoir plus : Retrouvez le chapitre 2 concernant la durée consommation des aliments

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